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Augmenter le loyer d’une passoire thermique, est-ce encore possible et à quelles conditions ?

Par Amandine Vernier
augmentation loyer passoire thermique main 381

Oui, une augmentation de loyer peut être bloquée simplement parce que votre logement est classé DPE F ou G, même si tout le reste du bail est « propre ». Le vrai point de bascule, c’est la preuve : tant que vous ne pouvez pas démontrer une sortie de passoire thermique via un nouveau DPE non vierge, la hausse reste en pratique hors-jeu sur les moments clés du bail.

En bref

  • Depuis le 24 août 2022, un logement F ou G ne peut pas voir son loyer augmenté lors d’un nouveau bail, d’un renouvellement ou d’une reconduction tacite (résidence principale, vide ou meublée).
  • Pour « débloquer » une hausse, il faut sortir de F/G et pouvoir le prouver avec un DPE opposable (au minimum classe E, et non vierge).
  • Attention au deuxième verrou : depuis le 1er janvier 2023, un logement est jugé énergétiquement décent si sa consommation en énergie finale est inférieure à 450 kWhEF/m²/an.
  • Une fois reclassé, la hausse redevient envisageable, mais elle doit aussi respecter les règles de marché (révision IRL, encadrement en zone tendue, etc.).

Le cadre simple : le gel des loyers des logements F et G

Depuis le 24 août 2022, la règle est claire : si votre logement est classé F ou G au DPE, vous ne pouvez pas augmenter le loyer à l’occasion d’un nouveau contrat, d’un renouvellement ou d’une reconduction tacite, dès lors qu’il s’agit d’une résidence principale, en location vide ou meublée.

Deux cas reviennent souvent dans la vraie vie et créent des incompréhensions :

  • « Je voulais juste appliquer l’IRL » : tant que le logement reste F ou G, le gel prime sur l’idée de révision.
  • « Je reloue, donc je fixe librement » : si le nouveau bail est signé alors que le DPE est F ou G, le gel s’invite aussi.

À noter, pour éviter les mauvais raccourcis : ce gel ne vise pas les meublés touristiques ni le bail mobilité. Le périmètre est vraiment celui de la résidence principale, avec des dates et des événements de bail bien identifiés.

Quand une hausse redevient possible : la sortie de passoire, preuves à l’appui

Sur le papier, l’option peut sembler séduisante : « je fais des travaux, puis j’augmente ». En pratique, c’est souvent ici que tout se joue : vous n’êtes pas sorti de F ou G tant que vous ne pouvez pas le démontrer.

La règle de sortie est opérationnelle : pour envisager une hausse, il faut sortir le logement du statut de passoire thermique, au minimum classe E, avec un nouveau DPE opposable et non vierge. Sans cette pièce, vous restez exposé à une contestation, même si les travaux sont réels et payés.

Situation au moment clé du bail DPE du logement Augmentation de loyer Ce qui débloque concrètement
Nouveau bail / renouvellement / reconduction tacite F ou G Interdite (gel) Travaux + nouveau DPE prouvant au moins E
Nouveau bail / renouvellement / reconduction tacite E (ou mieux) Redevenue possible Respecter ensuite les autres règles (IRL, encadrement en zone tendue, etc.)
Reconduction tacite après le 1er janvier 2023 DPE vierge Gel + risque « décence » Faire établir un DPE non vierge pour pouvoir attester la situation

Un point technique utile, surtout si vous comparez plusieurs DPE : le classement répond à un double seuil. La classe retenue est déterminée par le plus mauvais résultat entre la consommation en énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre.

Pour se repérer, les plages souvent citées sont les suivantes : F entre 330 et 420 kWh/m²/an (et 70 à 100 kg CO2eq/m²/an) ; G au-delà de 420 (ou 451 kWh/m²/an selon les repères) et au-delà de 100 kg CO2eq/m²/an.

Pour se repérer, les plages souvent citées sont les suivantes :Fentre330 et 420 kWh/m²/an(et70 à 100 kg CO2eq/m²/an) ;Gau-delà de420(ou451 kWh/m²/anselon les repères) et au-delà de100 kg CO2eq/m²/an.

Le deuxième verrou : la décence énergétique et le piège du DPE vierge

Le gel des loyers n’est pas le seul sujet. Depuis le 1er janvier 2023, un logement doit respecter un critère de décence énergétique : sa consommation en énergie finale doit être inférieure à 450 kWhEF/m²/an.

Le cas particulier à traiter avec méthode, c’est le DPE vierge. Il ne permet pas d’attester le respect du seuil. Résultat : un logement avec DPE vierge est considéré indécent à compter de la première reconduction tacite postérieure au 1er janvier 2023. Pour un bailleur, c’est un signal : avant d’arbitrer une hausse, il faut sécuriser la décence, sinon la discussion se déplace vers l’obligation de travaux et le conflit peut s’installer.

« Dans un projet bien cadré, je sépare toujours deux questions: ai-je le droit d’augmenter, et mon logement est-il défendable sur la décence ? Les deux ne se règlent pas avec le même document, ni au même moment. »

Le bon timing côté bailleur : rénover, refaire le DPE, puis seulement réviser

Le calendrier change tout, parce que la hausse ne s’applique pas « quand vous le décidez », mais au bon moment juridique. Un repère simple : si vous proposez un nouveau loyer au renouvellement, le préavis est de 6 mois avant la fin du bail. Autrement dit, la rénovation énergétique et le nouveau DPE doivent être prêts à temps, sinon vous vous mettez vous-même en impasse.

Et il y a une logique de long terme à garder en tête pour l’investissement : les interdictions progressives de mise en location avancent par classes, pour les contrats conclus ou renouvelés après les dates suivantes : G dès le 1er janvier 2025, F dès le 1er janvier 2028, E dès le 1er janvier 2034. Si vous faites des travaux, ce poste mérite d’être isolé : viser seulement E peut suffire pour lever le gel aujourd’hui, mais ne protège pas forcément votre stratégie à l’horizon 2034.

Travaux et aides : viser ce qui fait réellement bouger l’étiquette

Quand l’objectif est de sortir de F ou G, mieux vaut raisonner par étapes : choisir des gestes qui pèsent sur la performance énergétique, puis sécuriser le dossier. Les travaux typiques cités comme leviers sont l’isolation (combles, murs), le chauffage, la ventilation, les menuiseries, ou une rénovation globale.

Pour garder des ordres de grandeur en tête (base 60 m²), on voit souvent passer : combles 4 000 à 8 000 euros, murs extérieurs 15 000 à 30 000 euros, remplacement fioul vers PAC 8 000 à 15 000 euros, VMC double flux 3 000 à 6 000 euros, fenêtres 5 000 à 10 000 euros, rénovation globale 25 000 à 50 000 euros.

En face, plusieurs aides peuvent s’articuler : MaPrimeRénov’, CEE (prime variable, cumulable), éco-PTZ (jusqu’à 50 000 euros sur 20 ans maximum) et TVA à 5,5 % pour les travaux d’amélioration énergétique. Dans le parcours accompagné, MaPrimeRénov’ peut aller jusqu’à 80 % selon revenus, avec un plafond de 30 000 euros HT (gain de 2 classes) à 40 000 euros HT (gain de 3 classes ou plus).

Mon anecdote de terrain : j’ai déjà vu des bailleurs engager une dépense significative, puis découvrir qu’ils n’avaient pas le bon enchaînement administratif pour certaines aides, ou pas de preuve suffisamment claire. Le confort d’usage, c’est aussi ça : un chantier qui se termine avec un dossier propre, pas avec une pile de documents impossibles à relier.

Le kit de preuves anti-litige : ce que vous devez pouvoir montrer

Si vous voulez sécuriser une hausse après rénovation, votre meilleure protection reste la clarté documentaire. L’objectif n’est pas d’empiler, mais de rendre votre situation vérifiable : date, travaux, résultat, et correspondance avec le logement.

  • Nouveau DPE opposable (et, si besoin, vérification via l’Observatoire DPE de l’ADEME avec son numéro).
  • Factures détaillées des travaux (dates, adresse, nature des gestes, surfaces, matériaux) et, lorsque requis par les aides, entreprises RGE.
  • Attestations d’achèvement ou de réception, justificatifs d’aides (accords MaPrimeRénov’, attestations CEE, offre d’éco-PTZ, éléments liés à la TVA 5,5 %), et copie du bail avec preuve d’annexion du DPE à la signature.

Côté locataire : repérer une hausse illégale et la contester sans s’épuiser

Si vous êtes locataire, ou bailleur qui veut anticiper une contestation, partez des signaux simples : un DPE F ou G, la mention « Logement à consommation énergétique excessive : » (obligatoire dans les annonces depuis le 1er janvier 2022 pour les F/G), ou un DPE non annexé au bail.

La logique de contestation est progressive : d’abord l’amiable, ensuite la conciliation, puis le juge si nécessaire. La commission départementale de conciliation peut être saisie et la conciliation est indiquée comme obligatoire si le litige est inférieur ou égal à 5 000 euros. En contentieux, l’article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 permet notamment d’aller vers des travaux ordonnés, une diminution ou suspension du loyer, ou des dommages-intérêts.

Un levier très concret, souvent sous-estimé, concerne la CAF ou la MSA : il existe un mécanisme de conservation des aides au logement. Pendant cette conservation, l’aide n’est pas versée au bailleur. La durée maximale indiquée est de 18 mois (avec prolongation possible) ; si les travaux sont effectués, il peut y avoir restitution, et au-delà de 18 mois les aides non restituées ne reviennent pas au bailleur. Pour un propriétaire, c’est un point de trésorerie à anticiper, pas un détail.

DPE : validité, coût, et réforme 2026 à ne pas interpréter trop vite

Avant de discuter hausse, vérifiez que le DPE est juridiquement exploitable. Les DPE réalisés du 1/1/2018 au 30/6/2021 sont valables jusqu’au 31/12/2024 ; ceux du 1/1/2013 au 31/12/2017 ne sont plus valables après le 31/12/2022. Côté budget, un DPE est souvent annoncé entre 100 et 250 euros.

Autre point à surveiller : au 1er janvier 2026, une réforme du coefficient de l’électricité est évoquée (de 2,3 vers 1,9), avec un effet chiffré souvent repris : environ 850 000 logements sortiraient des classes F et G grâce au recalcul. Le réflexe sain, côté bailleur, est de ne pas supposer une sortie automatique : tant que vous n’avez pas un DPE opposable qui le démontre, vous ne pouvez pas piloter une hausse sur une hypothèse.

Si votre logement n’est plus F ou G : IRL, zone tendue et double conformité

Une fois le logement reclassé (au moins E), la hausse peut redevenir possible, mais elle n’est pas « libre » pour autant. Il faut regarder au-delà du prix affiché et vérifier la double conformité : d’un côté la conformité énergétique, de l’autre les règles de révision (IRL) et, le cas échéant, l’encadrement des loyers en zone tendue (plus de 1 400 communes sont concernées).

Ce sont souvent ces empilements qui créent les litiges : un bailleur a enfin réglé la question passoire, puis se heurte à un plafonnement local au moment de la relocation. Le bon ordre reste : d’abord énergie et preuves, ensuite règles de marché.